MÉMOIRE | Auteur : Sylvain REED

Les vautours pyrénéens

1. La répartition des rapaces en France

La partie « Biodiversité » de cette rubrique a montré que l’ensemble des espèces des êtres vivants répertoriées en France ne sont pas réparties uniformément sur l’ensemble du territoire. En France, les zones les plus riches d’un point de vue biodiversité se situent : dans le massif alpin, le pourtour méditerranéen et les Pyrénées. Notre région a donc un impact majeur dans ce domaine de sauvegarde des espèces, regardons plus précisément cela dans notre contexte : les rapaces.

Les rapaces sont des oiseaux généralement prédateurs possédant des serres et un bec crochu. Ils peuvent être nocturnes (les chouettes, hiboux, …) ou diurnes (actifs le jour). Ici, nous traiterons de cette dernière catégorie. Les rapaces diurnes les plus présents sur notre territoire sont, par ordre décroissant : la buse variable, le faucon crécerelle, épervier d’Europe, la bondrée apivore, … l’aigle pomarin (voir la figure 4.8). Les vautours (gypaète barbu, percnoptère, moine et fauve) sont présents en queue de ce classement. Ces derniers se différencies des autres rapaces notamment par leur régime alimentaire (nécrophage). L’observation de la figure 4.8 permet également de remarquer que les Pyrénées constituent la zone de France où les rapaces sont les plus présents. Les Pyrénéens ont donc un rôle majeur dans la sauvegarde de ces espèces d’oiseaux et plus particulièrement en ce qui concerne les vautours.

Les figures 4.8 présentent la répartition des rapaces nicheurs de France [LPO 2015] :

Figures 4.8.
Répartition des rapaces en France et leur étendue de distribution, [LPO 2015]

2. Les vautours

2.1. Classification des espèces

Dans cette partie, la place des vautours dans le règne animal va être abordée. La classification des êtres vivants est une discipline en pleine évolution, voir révolution avec l’apport de la génétique moderne.

La figure 4.9 propose un positionnement simplifié, dans le règne animal, des seuls vautours présents dans les Pyrénées, en France et en Europe occidentale :

  • Le vautour fauve
  • Le vautour percnoptère d’Egypte
  • Le vautour gypaète barbu
  • Le vautour moine

Ce positionnement est réalisé à partir de données qui ne tiennent pas compte des dernières avancées de la phylogénétique [LECOINTE 2013]. Dans ce contexte, les vautours sont des oiseaux qui appartiennent à l’ordre des Falconiformes qui regroupe 300 espèces de vautours, de buses, d’aigles, d’éperviers, … Ce sont des rapaces diurnes. Ces oiseaux sont caractérisés entre autres, par leurs grandes tailles, grands yeux, becs crochus, longues queues, serres acérées (sauf chez les vautours). Simplement, à partir de la figure 4.9, il est intéressant de remarquer que les quatre espèces de vautours présentées dans ce mémoire, font parties de « genres » différents : Aegypius (pour le vautour moine), Neophron (pour le percnoptère d’Egypte), Gypaetus (pour le gypaète barbu), Gyps (pour le vautour fauve). Ces genres font eux-mêmes partie d’une famille Accipitridés qui est apparue il y a 50 millions d’année. Cette famille se distincte des autres vautours (condor, …) et autres rapaces diurnes.

La classification des êtres vivants est basée sur des différences existantes entre les espèces d’un point de vue morphologique, génétique, … Ainsi, si des espèces disparaissent, des pans entiers de cet arbre de classification peuvent s’effondrer, anéantissant le patrimoine de la biodiversité. Nous savons que ces quatre vautours possèdent des caractéristiques qui leurs sont propres, voyons quelles sont ces différences. Commençons par le vautour moine pour terminer par le vautour fauve. Ce dernier sera présenté plus en détail.

Figure 4.9.
Classification simplifiée des vautours.

2.2. Le vautour moine
2.2.1. Description

Le vautour moine ne niche pas dans les Pyrénées françaises, mais uniquement sur le versant espagnol, en Catalogne (5 couples). Les oiseaux ne connaissent pas les frontières, il peut être aperçu côté français, planant au-dessus de cette chaine de montagne. Le vautour moine est le plus grand vautour européen. Son plumage est marron foncé, s’éclaircissant avec l’âge, voir la figure 4.10. La tête est couverte d’un léger duvet grisâtre. La collerette, de la même couleur que le plumage, remonte souvent jusqu’au sommet du crâne. Les pattes sont gris bleuté. En vol, le vautour moine se reconnaît à sa grande taille, il maîtrise parfaitement l’aérologie et les techniques de vol associées. Il niche presque uniquement dans des forêts situées sur des terrains pentus. Les vautours moines adultes sont sédentaires et s’éloignent peu de leur domaine vital. Les immatures sont capables de déplacements erratiques jusqu’à ce qu’ils se fixent dans une colonie.

Voici quelques-unes de ses mensurations :

  • Envergure : 250-295 cm
  • Longueur totale du corps : 90-100 cm.
  • Poids : mâle 7 000-11 000 g, femelle 7 500-12 500 g.
  • Longévité : jusqu’à 25 ans

Concernant sont régime alimentaire, le vautour moine est un nécrophage strict. Selon l’habitat, il peut capturer des lézards et des insectes, mais il consomme surtout des lapins et des cervidés morts, et en général des carcasses de petits animaux. Quand il se nourrit sur une grande carcasse, il préfère les parties dures de l’animal comme la peau, les tendons et les cartilages.

2.2.2. Populations

Le vautour moine est présent de la péninsule ibérique à la Mongolie. En Europe, sa répartition est très inégale, car il a disparu de nombreuses régions au cours du siècle dernier. Il niche principalement en Espagne (1 500 couples, dont 5 couples dans les Pyrénées espagnoles, Catalognes), ainsi qu’en Turquie. Ces deux pays représentent 94% de la population européenne. Il niche également dans les pays du Caucase, en Grèce, en France, en Ukraine, en Bulgarie et au Portugal. Cette espèce est classée comme étant menacée d’extinction, même en Espagne où ces rapaces sont très protégés mais toujours menacés par les empoisonnements illégaux et les persécutions. Le vautour moine était largement présent en France avant le 19ème siècle. A l’issue d’un programme de réintroduction débuté en 1992, sa reproduction a été de nouveau constatée en France à partir de 1996, dans les causses de Lozère et d’Aveyron [PHILIPPE 2001]. En 2010, il a été réintroduit dans les Baronnies (alpes du sud). L’effectif de reproducteurs de la population caussarde comptait 18 couples en 2010, voir la figure 4.11. J’ai pu contempler, dans cette région des grands Causses, ce magnifique oiseau. Ce fût un très grand spectacle ! Si vous visitez cette région, je conseille la visite de « La maison des vautours » ( Saint Pierre des Tripiers) : http://www.vautours-lozere.com/default.htm, certainement le lieu, en France, où l’on trouve le plus d’informations sur les vautours.

Figures 4.10.
Vautour moine juvénile (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).
Vautours moine et fauve juvéniles (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

Figures 4.11.
Vautour moine (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).
Répartition du vautour moine en France (LPO).

2.3. Le gypaète barbu
2.3.1. Description

Le Gypaète barbu est l’un des plus grands vautours européens, voir la figure 4.12. Ses ailes son larges et pointues et sa queue cunéiforme [TERRASSE 2006]. Sa mandibule supérieure est très crochue. Le Gypaète barbu tient son nom des plumes qui partent des joues et pendent de chaque côté du bec, en formant une curieuse barbiche noire. Les yeux sont jaunes, entourés d’un cercle oculaire d’un rouge intense. La partie inférieure de son corps est jaune rosé avec des tons orangés. Cette couleur provient des bains de boues ferrugineuses qu’il réalise. La raison de cela est inconnue.
Les immatures sont entièrement bruns, avec la tête noirâtre. Il leur faudra 6 ans pour obtenir le plumage adulte.

Voici quelques chiffres :

  • Longueur totale du corps : 110 à 150 cm.
  • Poids : 5 à 7 kg.
  • Envergure : 290 cm
  • Longévité : 30 ans

Figure 4.12.
Gypaètes barbus (Photographies : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

Sa nourriture est principalement composée d’os et de ligaments. Elle contient autant d’éléments énergétiques que la viande et possède l’avantage de n’être convoitée par aucun autre animal. Après que les autres vautours ont mangé les parties molles d’une carcasse, il se saisit alors des os qu’il laisse tomber d’une hauteur de 50 à 100 mètres sur une étendue rocheuse pour les briser, puis il les mange. Son gosier est large (70 mm) et peut engloutir des os entiers mesurant jusqu’à 25 cm et faisant 35 mm de diamètre.

2.3.2. Populations

La sous-espèce Gypaetus barbatus s’est éteinte dans la plupart des massifs montagneux du pourtour du bassin méditerranéen au cours du XIXe et du XXe siècle [TERRASSE 2006]. En Asie, il occupe les principaux massifs montagneux de la Turquie à la Mongolie où ses effectifs et leur tendance sont inconnus. Il est pratiquement éteint en Afrique du Nord. Le Gypaète barbu est l’un des rapaces les plus rares d’Europe. Dans les Pyrénées, le nombre de couples est de 39 pour le versant nord (France) et de 126 pour le versant sud (Espagne). Les Pyrénées possèdent à ce jour une population qui a bien augmenté. Cependant, selon les critères de l’UICN, elle reste «vulnérable». Cette population de gypaète n’a pas un fort potentiel d’accroissement dans ce massif. Par exemple, côté français, la seule expansion possible se situe au nord-est de la chaîne (Pyrénées orientales et Aude). En ce qui concerne les Alpes françaises, un petit noyau récent de population issue d’oiseaux réintroduits est toujours considéré comme «Gravement menacé d’extinction». Pour « connecter » les populations pyrénéenne et alpine, une campagne de réintroduction est actuellement en cours dans la régions des Causses : www.gypconnect.fr. Cette nouvelle population, située entre ces deux chaines de montagne (Pyrénées et Alpes) permettraient d’augmenter le brassage d’individus et ainsi d’accroître la diversité génétique de l’espèce. Cette diversité est un paramètre capital de la survie, à long terme, du gypaète barbu.

Enfin, en Corse un petit nombre de couples reste isolé géographiquement et génétiquement et semble ne pas évoluer positivement. La figure 4.13 présente la répartition de cette espèce.

Figure 4.13.
Répartition du gypaète barbu en France (LPO).

2.4. Le percnoptère d’Égypte
2.4.1. Description

Le vautour percnoptère est un vautour de taille moyenne dont les couleurs dominantes sont le noir et le blanc à l’âge adulte. Ses ailes sont blanches sauf l’extrémité noire. Queue blanche en forme de coin. La face et la gorge sont nues, couvertes de peau jaune, voir la figure 4.14. Les jeunes ont un plumage brun foncé sauf le croupion crème.
En ce qui concerne son régime alimentaire, il peut consommer les excréments dispersés sur les pâturages. Sur un cadavre, il laissera les corvidés consommer les parties tendres, pour ensuite ouvrir le ventre de l’animal et en consommer les viscères.
Par rapport aux autres vautours Pyrénéens, le vautour percnoptère a la particularité fondamentale d’être un migrateur. Dès la fin de la nidification, il retourne vers l’Afrique subsaharienne. Il reviendra en Europe au début du printemps pour se reproduire et repartir fin septembre.

Voici quelques chiffres :

  • Taille : 70 cm
  • Envergure : 146 à 175 cm
  • Poids : 1600 à 2200 gr
2.4.2. Populations

Le vautour percnoptère est considéré comme menacé au niveau mondial. L’effectif mondial de l’ordre de 100 000 individus, mais il est très mal connu. Une part importante de cette population est présente en Inde et au Pakistan. La population européenne compte entre 3 500 et 5 600 couples, dont 1 800-2 050 couples en Europe de l’Ouest, avec 1 480 couples en Espagne. En France, l’espèce est considérée comme vulnérable. Jusqu’au XIXe siècle, le vautour percnoptère était présent sur tout le massif pyrénéen et les départements méditerranéens. Il a subi un déclin sensible au cours du XXe siècle par exemple le nombre de couples présents dans le parc naturel régional du Lubéron a diminué de 75%. Depuis les années 1990, la population nationale a augmenté jusqu’à des effectifs de 65 couples reproducteurs en 2004, pour arriver à un tassement de la progression ces dernières années, voir la répartition des couples sur la figure 4.15. En ce qui concerne les Pyrénées, les nombre de couple est de 73 pour le versant nord (France) et 300 pour le versant sud (Espagne).

Figure 4.14.
Vautour percnoptère d’Égypte (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

Figure 4.15.
Répartition du vautour percnoptère en France (LPO).

2.5. Le vautour fauve, un lien intime avec la vallée d’Ossau
2.5.1. Description

Le vautour fauve est un rapace de grande taille. Ses ailes sont longues est très larges aux rémiges nettement digitées, lui donnant une envergure de plus de deux mètres (2,4 à 2,8 m). Le dessus du corps est brun-gris jaunâtre. Les pattes gris-bleu et l’iris va du brun clair au jaune suivant l’âge. Les adultes ont un duvet blanchâtre court au niveau de la tête. Le dimorphisme sexuel est très faible, voire inexistant. Les juvéniles présentent une collerette de plumes brunes, un plumage globalement brun et des yeux brun foncé. Avec l’âge, un éclaircissement progressif de ces teintes se produit. [ELIOTOUT 2007] [LAMAGERE 2011] [MAUREL 2002] [LABOUYRIE 2007].
La figure 4.16. présente diverses photographies.

Voici quelques chiffres :

  • Taille du corps : 90 – 105 cm
  • Envergure : 240 cm à 280 cm.
  • Poids : 8 – 11 kg

Figure 4.16.
Vautours fauves (Photographies : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

2.5.2. Populations et préservation

La distribution mondiale actuelle du vautour fauve est comprise entre les 13° et 48° parallèles nord et s’étend du Portugal au Népal. Il fréquente des régions constituées de hauts et moyens reliefs. Autrefois très répandu, la population mondiale de vautours fauves avoisinait les 10 000 à 15 000 couples en 2000, dont 9500 environ en Europe, répartis suivant la carte de la figure 4.17. L’Europe dont l’Espagne et la France ont donc un rôle majeur dans la sauvegarde de cette espèce.

Figure 4.17.
Aire mondiale de nidification du vautour fauve, en 2000 [LABOUYRIE 2007].

L’Espagne reste le pays qui accueille le plus d’individus. En France, sa présence est avérée depuis l’antiquité, il avait presque complètement disparu entre 1920 et 1950. Le vautour fauve n’a quasiment pas de prédateurs excepté l’Homme.

Cette disparition est donc liée directement aux activités humaines :

  • Déclin du pastoralisme
  • Collecte des cadavres par l’équarrissage (diminution des ressources alimentaires)
  • Empoisonnement
  • Chasse
  • Dénichage d’œufs

Dans les années 1960, une poignée d’ornithologues passionnés découvre une colonie de moins d’une dizaine de couples de vautours fauves dans la vallée d’Ossau, à Aste de Béon, dans les Pyrénées-Atlantiques. L’une des dernières (ou même certainement la dernière) de France. Au pied de ce lieu emblématique a été crée la « falaise aux vautours » : http://www.falaise-aux-vautours.com/. Je conseille la visite de ce lieu très instructif.

Parallèlement à la découverte de cette dernière colonie de vautours fauves, la protection administrative s’accélère :

  • 1962 : décret de protection des vautours (vautour fauve, vautour moine, gypaète barbu et percnoptère d’Egypte) en France.
  • 1967 : Le Parc National des Pyrénées est créé. il s’implique immédiatement dans le suivi et la protection de cette dernière colonie.
  • En 1974, la « Réserve Naturelle Nationale de nidification des vautours fauves en vallée d’Ossau » est créée.
  • 1976 : un décret nomma espèces protégées tous les rapaces diurnes et nocturnes. Le vautour fauve est également inscrit à l’annexe II de la Convention de Washington, et à l’annexe II de la Convention de Bonn.

La figure 4.18. présente l’évolution du nombre de couples au sein de la Réserve Naturelle d’Ossau.

Figure 4.18.
Évolution du nombre de couples de vautours fauves dans la réserve naturelle d’Ossau [LABOUYRIE 2007].

A partir de celle-ci, les vautours ont pu coloniser petit à petit d’autres territoires et des campagnes de réintroduction ont pu être menées dans d’autres régions, notamment dans les causses, voir la figure 4.19. Depuis 2000, le nombre de couples de cette colonie est stationnaire et compris entre 110 et 120 couples. Ainsi, la vallée d’Ossau est un lieu emblématique de la sauvegarde du vautour fauve en France et même en Europe.

Figure 4.19.
Tous les sites français représentés sur la carte ont été peuplés par réintroduction, à l’exception de la vallée d’Ossau. A partir du site originel de cette vallée, les vautours fauves ont progressivement colonisé la chaîne pyrénéenne vers l’Ouest. [LABOUYRIE 2007].

Depuis ces périodes sombres de la moitié du XXème siècle et l’épopée menée dans la vallée d’Ossau, la population de vautour fauve se porte bien en Europe occidentale.

Voici quelques chiffres (2012) :

  • 826 couples présents sur versant nord des Pyrénées (France). En 2006, le département des Hautes-Pyrénées ne regroupent que 21 couples, pour l’essentiel dans la Réserve Naturelle Régionale du Pibeste. Puis, en allant vers l’Ouest, les colonies sont présentes dans les vallées de l’Ouzom, d’Ossau, d’Aspe, du Barétous, et au Pays Basque. Les Pyrénées-Atlantiques regroupent donc la majeure partie des vautours fauves des Pyrénées françaises.
  • 410 couples dans les Grands Causses.
  • 280 dans les Alpes.
  • 9000 couples sur versant sud des Pyrénées (Navarre, Aragon et Catalogne).
  • 25 000 couples au total pour l’Espagne, soit 80 % de la population mondiale.

Cependant, elle décline dans le reste du monde, en Europe orientale notamment.

2.5.3. Le vautour fauve : un rapace majestieux

Étudions les particularités des vautours fauves.

La colonie

Les vautours fauves vivent en colonies d’une à plusieurs dizaines d’individus. Les couples nichent d’une génération à l’autre sur les mêmes falaises. Dans une même colonie, il peut y avoir plus d’une centaine de couples nicheur malgré que le plus souvent elle est constituée de 20 à 30 couples.

Les avantages de la nidification en colonie sont :

  • Économie des déplacements pour la recherche de nourriture, recherche collective.
  • Défense du groupe contre les prédateurs

L’érrastisme

Contrairement au vautour percnoptère, le vautour fauve est parfaitement sédentaire à l’âge adulte. Cependant, en ce qui concerne les juvéniles, les jeunes de l’année s’éloignent plus ou moins de la colonie (ils peuvent aller jusqu’en Afrique). Ils partent à partir du mois d’octobre pour une période d’au moins six mois. Le retour sur les sites originels de nidification s’effectue généralement au printemps suivant. L’état d’occupation d’une colonie type est présenté figure 4.20. Cela permettrait d’éviter une compétition pour l’obtention de nourriture entre les adultes et les jeunes et permettrait un brassage génétique entre colonie. La non-connaissance de ce phénomène a compromis la réussite des premières réintroductions de vautours fauves dans les Causses.

Figure 4.20.
Occupation d’une colonie type pyrénéenne de vautours fauves [MAUREL 2002].

En plus de cet érratisme juvénile, il existe une tendance à la dispersion estivale des adultes pour suivre les transhumances des grands troupeaux. Les déplacements peuvent se faire sur de grandes distances, des Pyrénées vers les causses, jusqu’en Irlande, Belgique, … Ainsi, en été, dans les Alpes, un tiers des oiseaux présents sont des « visiteurs » venant des Causses, des Pyrénées ou d’Espagne.

La longévité

Il est difficile d’estimer la longévité des vautours fauves, une estimation acceptée par les spécialistes est de trente ans. En captivité, elle peut atteindre 37 ans.

Éléments morphologique à retenir

Les pattes du vautour fauve ne sont pas adaptées à la préhension mais à la marche. Contrairement aux serres des rapaces prédateurs, comme l’aigle royal, voir la figure 4.21A. Le vautour n’est pas équipé pour commettre des actes de prédation.

Figure 4.21A.
Comparaison des serres de l’aigle royal et du vautour fauve.

Figure 4.21B.
Empreinte de vautour fauve (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

Comportement social

Le vautour fauve mène une vie grégaire (espèce vivant en groupe sans nécessairement présenter une organisation sociale). Ils vivent en colonies sur des falaises, ils dorment les uns à côté des autres sur des reposoirs nocturnes et se rassemblent pour se reposer le jour et coopèrent étroitement lors de la recherche de nourriture, voir la figure 4.22. En vol, dès qu’un vautour fauve voit un cadavre, il descend aussitôt vers ce cadavre. Il peut aussi surveiller l’agitation des corvidés ou de l’un de ses congénères. Les vautours fauves repèrent les cadavres avec la vue, ce sens est très développé chez eux (huit fois supérieurs à celui des humains), contrairement à leur odorat. Ils sont incapables de repérer un cadavre dissimulé, même s’il dégage une forte odeur.

Figure 4.22.
Technique de prospection alimentaire des vautours fauves [LABOUYRIE 2007].

La locomotion

C’est l’un des oiseaux les plus lourds qui soit capable de voler. Pour réaliser cela, le vautour fauve utilise essentiellement le vol plané pour se déplacer. Il se laisse porter, presque immobile, par les courants aériens. Il économise ainsi son énergie et peut parcourir des grandes étendues. Sa morphologie lui permet de pratiquer cette technique de vol : grande envergure, bon aérodynamisme, …  Voir la figure 4.23.

Figure 4.23.
Technique de vol et d’atterrissage du vautour fauve [LABOUYRIE 2007].

Emploi du temps

Si la météo le permet, le vautour fauve commence sa journée par un bain de soleil, immobile, dos au soleil, voir la figure 4.24. Lorsque que le soleil a suffisamment créé de courants d’air chaud ascendants, il va quitter son reposoir pour aller chercher de la nourriture et revenir durant l’après-midi. En permanence, des individus restent à la colonie. La nuit les vautours fauves occupent des reposoirs nocturnes situés à l’intérieur de la colonie.

Figure 4.24.
Vautours fauves se reposant, une chèvre broute paisiblement sous les vautours fauves, Penas d’Itsusi (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

L’alimentation

Le vautour fauve est un charognard strict. Sa nourriture est principalement composée de cadavres d’ongulés : ovins, caprins, bovins, équins et de quelques animaux sauvages (isards, renards, …), voir la figure 4.25. Le vautour fauve est un oiseau opportuniste. Lorsqu’il a trouvé un cadavre, il va s’intéresser avant tout aux viscères et aux muscles, il fait partie des vautours « tireurs-fouilleurs ». Différemment, les vautours « déchireurs » (vautour moine, …), préfèrent la peau, les tendons, … Alors que les vautours « picoreurs » (vautour percnoptère, …) consomment les restes laissés par les autres vautours.

La prise de nourriture est irrégulière. Les périodes de jeûnes peuvent durer jusqu’à dix jours, avec une perte de poids, mais sans conséquence irréversible. Durant ces périodes, les réserves stockées dans l’organisme sont utilisées.

La prise de nourriture se réalise lors d’un repas de groupe que l’on nomme « la curée » : grand moment d’agitation à proximité d’un cadavre entre vautours, corvidés, milans, … voir la figure 4.26. Des rapports hiérarchiques se mettent en place. La quantité de viande pouvant être ingérée par un individu peut atteindre 1,5 kg.

Figure 4.25.
Alimentation des vautours fauves [MAUREL 2002].

Figure 4.26.
Curée de vautours fauves (Photographie : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

La reproduction

Les vautours consacrent beaucoup de temps à la reproduction : pariades, pontes, séjour au nid, … (huit à dix mois), dont la moitié est consacrée à la protection et au nourrissage du poussin dans le nid. La formation des couples s’effectue du mois de novembre au mois de janvier, une fois formé, le couple est uni pour la vie et ne se rompra qu’à la mort de l’un des partenaires, l’autre pouvant alors reformer un couple. Avec la parade nuptiale, c’est la période de nidification qui commence (novembre-janvier). Ensuite viendra la ponte de l’œuf unique (janvier-février). L’incubation durera entre 50 et 55 jours, voir la figure 4.27. L’éclosion interviendra entre la mi-mars et la mi-avril. La période de nourrissage durera entre 110 et 132 jours. Le premier envol s’effectue entre le 15 juillet et le 15 août dans les Pyrénées françaises.

Figure 4.27.
Vautours fauves observés : couvant un œuf et avec son petit, Penas Itsusi (Photographies : Sylvain Reed pour Plénitude Découverte).

Synthèse

Ce mémoire a présenté les quatre espèces de vautours présentes en Europe, en France et dans le massif pyrénéen :

  • Le vautour moine
  • Le vautour percnoptère d’Égypte
  • Le gypaète barbu
  • Le vautour fauve, étudié plus en détail

Ces rapaces possèdent de fabuleux pouvoirs d’adaptation à leur mode de vie si singulier. Alors si vous aussi, vous souhaitez les découvrir dans leur milieu naturel, contactez-moi.

BIBLIOGRAPHIE

[ELIOTOUT 2007]Eliotout B. « Le vautour fauve », livret, Delachaux et Niestlé, 2007
[LABOUYRIE 2007]Labouyrie AM, « Analyse Méthodologique des dommages attribués aux vautours fauves dans les troupeaux pyrénées », Thèse de doctorat, Université Paul-Sabatier de Toulouse, France, 2007
[LAMAGERE 2011]Lamagere J, « Atlas radiographique du vautour fauve (Gyps fulvus) », Thèse de doctorat, Université Paul-Sabatier de Toulouse, France, 2011
[LECOINTRE 2013]Lecointre and al. « Classification phylogénétique du vivant, Tome 2 », livre, 2013
[LPO 2015]LPO, « Rapaces de France »,L’oiseau Mag, 2015
[MAUREL 2002]Maurel S., « Etat des relations entre le vautour fauve et le pastoralisme dans le parc national des Pyrénées », thèse de doctorat, 2002
[TERRASSE 2006]Terrasse JF, « Le gypaète barbu », livre, Delachaux et Niestlè, 2006
[PHILIPPE 2001]Philippe C. « Ecotoxicologie des rapaces : Etude sur une Population de Vautours Fauves et Moines Réintroduite dans les Causes », Thèse de doctorat, Université Lyon 1, France, 2001

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